L’Ecolabel européen comme outil d’éducation et d'accompagnement du changement

Ou comment, à la Ligue de l'enseignement, les activités pédagogiques tournées vers la transition écologique participent à une démarche cohérente d'écolabellisation.

La ressource

Auteur : In:Expeditions / Victoria Lemaire

Copyright : In:Expeditions Creatives Commons CC-BY-NC-ND

Date de production : Décembre 2025

Temps de lecture : 8 mnutes

L’Ecolabel européen des hébergements touristiques vient attester d’un impact environnemental limité et de l’effort mené par les structures d’accueil. Dans les centres de la Ligue de l’enseignement, cette démarche s’accompagne d’activités pédagogiques qui viennent renforcer sa cohérence globale.

Quand le château de la Turmelière, centre de la Ligue de l’enseignement dans le Maine-et-Loire, fait installer une chaudière à bois déchiqueté (moins émettrice de gaz à effet de serre qu’une chaudière à fioul), ses équipes en font aussi un moyen de sensibiliser les visiteurs à l’environnement. “On l’a tout de suite pensée de façon à avoir un couloir de visite pour y accéder avec du public”, explique Nicolas Rougier, adjoint de direction et responsable pédagogique du lieu. “Un groupe scolaire qui travaille sur le bois va avoir des activités autour du monde des arbres, c'est-à-dire le fonctionnement d'un arbre, reconnaître les différentes espèces, une randonnée en forêt, et l'arbre en tant que ressource énergétique. C’est à ce moment-là que l’on va aller voir la chaudière”. L’installation participant à la démarche écologique du centre devient ainsi une manière concrète d’aborder le principe d’énergie renouvelable avec les enfants.

Chateau de la Turmelière (49)

Il faut dire que le château de la Turmelière fait partie des précurseurs du développement durable au sein du réseau. Dès 2001, il a obtenu le label CED (Citoyenneté Environnement Développement durable), une certification créée par la Ligue de l’enseignement pour attester de la démarche écologique des centres d’accueil (classes de découvertes, colonies, etc.). Aujourd’hui, ce label est remplacé par l’Ecolabel européen des hébergements touristiques, et, là encore, le château de la Turmelière est de la partie, étant labellisé depuis 2022. 

L’Ecolabel européen

Peut-être avez-vous déjà aperçu ce logo mêlant une fleur et les étoiles du drapeau européen dans un hôtel ou un centre d’hébergement. L’Ecolabel vient attester de la démarche environnementale des hébergeurs touristiques, avec un cahier des charges bien précis et un nombre minimal de points à rassembler. 

Logo de l'Ecolabel Européen

Les critères sont relatifs à la réduction des consommations d’énergie, d’eau et déchets, au tri de ces derniers, à la formation du personnel… et un seul petit point sur les vingt-six minimum nécessaires à la labellisation (dans le cas des centres de vacances) concerne les “éléments d'éducation à l'environnement” (critère 26). Pourtant, les activités pédagogiques autour de la transition écologique font entièrement partie de l’offre du Château de la Turmelière et d’autres centres de la Ligue de l’enseignement. Cela assure la cohérence de la démarche, selon Céline Montero, responsable du pôle tourisme durable : “Dans une structure écolabellisée, on dit ce qu'on fait et on fait ce qu'on dit. On est donc plus forts du point de vue éducatif et de l’accompagnement au changement. C'est-à-dire qu’avec de la cohérence, il y a moins de failles, et les publics ne peuvent pas nous reprocher d’avoir de beaux discours, mais d’avoir tel ou tel comportement dissonant derrière. Il y a donc moins de résistance au changement.”

Une offre pédagogique en cohérence avec la démarche de l’Ecolabel

L’une des activités du centre des Sables d’Or, en Normandie, illustre cette continuité : la laisse de mer. Animateurs et enfants se rendent sur la plage, afin de ramasser et trier les déchets laissés par la marée et souvent pris au piège dans les algues. Thierry Varnière, directeur du centre, raconte : “On trie ce qui est de l'ordre du naturel et ce qui ne l'est pas. Puis, dans ce qui ne l'est pas, on distingue ce qui relève de l'activité professionnelle humaine d’un côté et du loisir de l’autre. Entre des gens qui laissent traîner leurs bouteilles de crème solaire ou des morceaux de filet de pêche, il y a tout de même une différence, même si l’impact est le même. Enfin, on emmène tout ce que l’on a ramassé au centre pour le jeter dans les poubelles adéquates”. Une activité particulièrement marquante pour les enfants, d’après Thierry Varnière, d’autant plus dans un centre qui se trouve à proximité de la mer et des dunes, avec une forte thématique autour de la protection de la faune et de la flore. Cela permet aussi de renforcer le réflexe du tri et de réduction du gaspillage chez les enfants, une fois de retour au centre - et peut-être la prochaine fois qu’ils iront à la plage en famille. 

Les centres de la Ligue “se saisissent du travail en matière de gestion environnementale pour en faire un outil pédagogique”, selon Céline Montero. Aux Sables d’Or, les équipes ont profité de travaux de rénovation pour automatiser le suivi de la consommation d’eau, de gaz et d’électricité, ce qui permet de travailler à sa réduction, mais il est aussi prévu que le public puisse avoir accès à ces données, dans une salle pédagogique dédiée avec un tableau de bord sur grand écran. L’idée, selon Thierry Varnière, est de “créer des électrochocs” chez les enfants, en organisant des compétitions entre les différents pavillons, par exemple, pour les encourager à réduire au maximum leur consommation. Cela s’accompagne évidemment d’actions de sensibilisation. Le directeur du centre explique : “Chaque animateur a sa méthode, mais, en tout cas, ce sont eux qui gèrent ce temps d'explication aux enfants. Ils leur transmettent qu'effectivement, on est dans une démarche de réduction et que c'est pour cela qu'il y a des minuteries sur les lumières des couloirs, par exemple”. Un temps qui se trouve complété par de l’affichage.

Au château de la Turmelière, cet affichage a changé plusieurs fois jusqu’à sa version actuelle. “À la différence des précédentes affiches, on emmène les gens avec nous et on donne de petites informations en plus”, explique Nicolas Rougier. Par exemple, “Connaissez-vous la température idéale pour se reposer et bien récupérer ? Entre 17°C et 19°C. Le thermomètre est à votre disposition pour réguler la température”, ou encore “L’eau est un bien précieux, veillons à limiter son utilisation. Le saviez-vous ? Laisser un robinet ouvert pendant une minute, c’est près de 1,5 litre d’eau écoulée.”

Quelques exemples d'affiches créées par et pour la Turmelière

Dans le centre, l’accompagnement au changement passe aussi par l’action. “On a une activité qui s'appelle “Cuisine avec la nature”, où l’on fait des crêpes aux orties. Les enfants vont cueillir des orties au parc, puis les nettoyer, les préparer, les incorporer à la recette et finalement les manger. Les préjugés tombent, car, pour eux, l’ortie est juste une plante qui fait mal, et, en repartant, ils la voient comme une plante géniale et pleine de vitamines. C'est le genre d'impact que l'on peut avoir très directement”, détaille Nicolas Rougier. Et, au passage, les enfants apprennent à cuisiner à partir de produits bruts, une pratique qu’ils auront peut-être envie de reproduire chez eux, avec leurs parents.

Une démarche sincère inscrite dans la durée

Pour Nicolas Rougier, “on utilise le site de la Turmelière comme un outil et plus comme un lieu d'hébergement uniquement”, une démarche qui s’inscrit dans le long terme pour cet amoureux de la nature. “Je suis responsable de l'équipe depuis 2003, et nous n’avons jamais pensé nos activités environnement en nous disant “il faut qu'on fasse passer le message de la planète, etc.”. Parce que c'est quelque chose qui est naturel pour nous : en 2000, déjà, on commençait à alerter sur les changements climatiques”.

Imaginer des activités en lien avec la nature et l’environnement, cela ne date pas du label européen pour ces centres de la Ligue de l’enseignement. Étant donné le peu de points accordés aux activités pédagogiques dans l’obtention de l’Ecolabel, l’enjeu n’est évidemment pas qu’une question de points et d’étiquette à décrocher, mais constitue un cadre pour une démarche plus profonde. Selon Céline Montero, “on veut à la fois faire notre part pour répondre aux enjeux environnementaux, ce qui est en lien avec le texte Habiter ensemble, un monde commun, et, en tant qu’acteur éducatif, nous souhaitons aussi embarquer nos publics.”

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